« Libérer l’apprentissage » disent-ils ! Qu’en penser?

Par Lionel Alvarez

Ces quelques lignes très « personnelles » me permettent simplement de me préparer à une question de fond, en vue d’une table ronde. En effet, j’ai été invité en tant que responsable…

Ces quelques lignes très « personnelles » me permettent simplement de me préparer à une question de fond, en vue d’une table ronde. En effet, j’ai été invité en tant que responsable du CRE/ATE à une table ronde intitulée « Libérer l’apprentissage » qui a l’ambition de questionner l’éducation offerte, si elle est en adéquation avec les compétences du 21e siècle. Lourde interrogation ! Le chantier est ouvert, et il ne peut que me réjouir, car s’il y a une chose à laquelle j’adhère, c’est que l’école est un projet de société. Il est donc bon et nécessaire d’en débattre ouvertement avec tous les citoyens intéressés.

Leur sous-titre aide à comprendre les intentions : « et si les enfants pouvaient apprendre ce qui les intéresse? ». Ce dernier pose donc le postulat que l’école actuelle n’est pas intéressante. Si l’on ne peut nier l’existence d’expériences conflictuelles avec l’école, peut-on affirmer l’inexistence d’une liberté satisfaisante ? De même, peut-on affirmer que l’absence de liberté, ou la présence de contraintes seraient forcément source de souffrance ? Mais passons, adhérons au postulat pour entamer la réflexion.

Si les enfants apprennent ce qui les intéresse…

  • on ouvre la possibilité de l’hyperspécialisation d’élèves intrinsèquement motivés par un domaine précis ;
  • on prend le risque de ne plus garantir un socle de compétences minimales à chacun ;
  • on remet en question une institution fédératrice de lien social ;
  • on transforme le rôle de l’enseignant·e et, par voie de conséquence, le profil de compétences nécessaires ;
  • on délègue la responsabilité d’instruire aux familles et aux GAFAM ;
  • on amorce une place nouvelle aux inégalités sociales que l’école essaie (en vain… ?) de réguler ;

 

À moins que les enfants puissent apprendre ce qui les intéresse, parmi un choix prédéterminé par l’institution scolaire. Dans ce cas…

  • on limite les possibilités d’hyperspécialisation d’élèves intrinsèquement motivés, alors parfois contraints de passer du temps sur certaines thématiques ;
  • on tente de prévenir autant que faire se peut la présence d’un socle de compétences minimales à chacun, en modulant les choix prédéterminés mis à disposition des élèves ;
  • on redéfinit l’institution fédératrice de lien social qui s’ajuste à un monde dans lequel l’information circule vite, tout en s’intéressant fortement à l’enjeu de fédérer ;
  • on réajuste le rôle de l’enseignant·e, parfois coach, parfois en charge d’exiger, parfois instructeur, parfois… ;
  • on partage la responsabilité d’instruire avec les familles (et les GAFAM, car on n’y échappera pas) ;
  • on tente, encore et encore, de réguler les inégalités sociales ;

ou finalement, on planifie avec détails chaque expérience d’apprentissage que l’école offre, dans laquelle les élèves n’ont guère de choix. Dans ce cas…

  • on empêche l’émergence de spécialisations d’élèves, car uniquement motivé extrinsèquement (« we don’t need no education! ») ;
  • on se donne les moyens de garantir un socle de compétences minimales à chacun ;
  • on rigidifie l’institution fédératrice de lien social, quitte à oublier les individus ;
  • on renforce un des rôles de l’enseignant·e (le contrôle) ;
  • on enlève la responsabilité d’instruire aux familles ;
  • on s’active, encore et encore, pour réguler les inégalités sociales ;

 

Malgré la maladresse du vocabulaire utilisé, la simplicité de l’exercice intellectuel, ou encore la faiblesse de l’analyse, ces trois scénarios permettent d’illustrer des partis pris. Et là encore, tout ça dépend du projet d’école et du projet de société qui doit émerger d’un débat citoyen.

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