La mode des classes flexibles. Entre militantisme et évidences scientifiques

Par Lionel Alvarez

Tout d’abord, le concept de “flexible classroom” ne semble pas nouveau. On trouve déjà ce terme en 1974 (https://onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/j.1944-9720.1974.tb02597.x) et l’on pourrait citer de nombreux auteurs qui prônaient la…

Tout d’abord, le concept de “flexible classroom” ne semble pas nouveau. On trouve déjà ce terme en 1974 (https://onlinelibrary.wiley.com/doi/pdf/10.1111/j.1944-9720.1974.tb02597.x) et l’on pourrait citer de nombreux auteurs qui prônaient la flexibilisation de l’environnement d’apprentissage déjà au début du siècle passé. Ensuite, ce changement semble avoir émergé dans les universités, là où les enseignements sont plus généralement prestés en cours magistraux. La classe flexible a ensuite été absorbée par les classes de tous les degrés, comme pour mettre un nom sur une pratique qui, pour les petits degrés en tous les cas, existait déjà.
The Active Learning Space – room 333 – in Ellis Hall. Psych 397 with Cella Olmstead
Mais alors, qu’est-ce que « classe flexible » signifie ? À lire les ambitions affichées, on peut imaginer que la classe flexible permettrait un meilleur engagement des élèves, une réduction des problèmes induits par des postures assises prolongées, une meilleure adéquation de l’environnement aux besoins/envies des apprenants, ou encore une modification des activités d’apprentissage proposées par l’enseignant·e pour être plus en adéquation avec les compétences du 21e siècle. Une chose semble évidente, la classe flexible est un concept qui se nourrit grandement des injonctions d’individualisation des parcours scolaires, des leitmotivs de singularité de chaque enfant, et des opportunités commerciales alléchantes.
Une définition que l’on peut trouver dans la littérature est celle de Johnson, A. W., Blackburn, M. W., Su, M. P., & Finelli, C. J. (2019). How a Flexible Classroom Affords Active Learning in Electrical Engineering. IEEE Transactions on Education, 62(2), 91-98. La salle de classe flexible a « des tables et des chaises déplaçables, qui peuvent facilement être réarrangées en différentes configurations » (p. 91, traduction libre). Elle est tout à fait pragmatique et montre l’absence de projet pédagogique au sein même du concept.
Ensuite, voyons les études qui dépassent le sondage d’opinion et les concepts théoriques prometteurs :
  • Johnson, A. W., Blackburn, M. W., Su, M. P., & Finelli, C. J. (2019). How a Flexible Classroom Affords Active Learning in Electrical Engineering. IEEE Transactions on Education, 62(2), 91-98. Une étude de cas (Uni du Midwest, cours d’électronique) qui documente une part plus grande laissée à l’activité des étudiants lorsque l’on passe de l’auditoire à la salle avec les tables en îlots.
  • Beery, T. A., Shell, D., Gillespie, G., & Werdman, E. (2013). The impact of learning space on teaching behaviors. Nurse Education in Practice, 13, 382-387. Une étude avec méthode mixte menée à l’U-Cincinnati dans la formation en sciences de l’infirmerie, qui montre l’absence de différence dans les gestes d’enseignement, entre la classe traditionnelle et la classe collaborative.
  • French, M. (2018). The Effects of Traditional Seating versus Flexible Seating on Academic Performance in a Selected Kindergarten Classroom. Master thesis submitted to Milligan College. Retrieved from https://mcstor.library.milligan.edu/handle/11558/4313. Une étude quantitative et systématique, mais uniquement sur une classe d’enfantine du Tennessee, qui montre l’absence de différence dans les performances académiques et dans le temps de complétion des tâches.
Ainsi, si le concept est séduisant, l’état des connaissances scientifiques sur les classes flexibles ne permet pas de les promouvoir (ni de les rejeter d’ailleurs). Il y a peut-être d’autres intérêts non documentés actuellement par la recherche que l’on pourrait aisément théoriser (p. ex., compétences transversales). Dit simplement, on n’a pas prouvé le bien-fondé des classes flexibles pour pouvoir activement les promouvoir, mais on n’a pas non plus montré des méfaits éventuels pour les proscrire. Il semble donc raisonnable de dire que des recherches sont encore nécessaires pour comprendre les relations que ces choix d’environnement peuvent avoir avec différentes variables pédagogiques/didactiques.

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