Écologie : une autre raison d’un déploiement réfléchi du numérique

Par Lionel Alvarez

S’il fallait encore le dire, la numérisation en éducation nécessite clairement de se questionner sur les finalités. Exemple simple, avec google, moins besoin de s’approprier des connaissances et, par voie…

S’il fallait encore le dire, la numérisation en éducation nécessite clairement de se questionner sur les finalités. Exemple simple, avec google, moins besoin de s’approprier des connaissances et, par voie de conséquence, plus difficile à activer ces connaissances lors d’un débat d’idées, car elles ne sont pas dans notre tête, mais dans notre machine. Exemple plus subtil: avec le speech-to-text, je me voie certes dédouané de développer des compétences dactylographiques, mais possiblement aussi grammaticales, voire syntaxiques. Je délègue l’effort intellectuel à la machine (attention, il n’est pas possible de conclure sur un bannissement de ces outils, mais sur un éclairage nécessaire au moment des choix de déploiement).
S’ajoutent aujourd’hui les questions écologiques. La 5G polluerait 3x plus que la 4G. Les smartphones seraient bourrés de métaux rares extraits dans des conditions peu recevables. Les ordinateurs favoriseraient des habitudes facilitant la consommation. Les tablettes prolongeraient notre absorption de médias de divertissement… Il y a là assurément une discrépance entre l’agenda politique de la numérisation de l’école et l’agenda politique écologique. Que faire?

Le modèle SAMR de Puentadura (2006) avait largement été critiqué dans la littérature spécialisée pour son manque de validation empirique. Toutefois, sa simplicité a permis sa diffusion et accompagne la réflexion de nombreux pédagogiques dans le déploiement (ou non) des alternatives numériques. Sincèrement, ma posture était la suivante :

  • si « substitution », alors non ;
    si « augmentation », alors peut-être ;
    si « modification », alors probablement ;
    si « redéfinition », alors évidemment.

Voilà mes certitudes quelque peu ébranlées avec les questions écologiques qui se popularisent autour de la question de l’école numérique. Certes, l’analyse individuelle des besoins peut assurément conclure au bienfondé d’un déploiement, même si la consommation énergétique sera triplée. Par contre, la question est systémique, lorsque toute l’école cherche à se numériser). Permettez-moi alors de revoir mon positionnement à l’aide du modèle SAMR:

  • si « substitution », alors non ;
    si « augmentation », alors toujours pas, car on invite l’apprenant·e à faire preuve de créativité pour pouvoir faire sans les fonctionnalités nouvelles ;
    si « modification », alors peut-être, si cela invite les apprenants à des expériences d’apprentissage explicitement belles ;
    si « redéfinition », alors probablement, mais si les fonctions nouvellement créées sont à priori pérennes et non pas un phénomène de mode.

Ça, c’est la réflexion. Bonne chance à celles et ceux qui doivent prendre la décision…

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