De l’éphémeralisation à l’éducation (ou l’inverse)

Par Lionel Alvarez

Le concept d’éphémeralisation, définit par l’architecte et inventeur R. Buckminster Fuller comme les « avancées technologiques permettant de faire de plus en plus avec…

Le concept d’éphémeralisation, définit par l’architecte et inventeur R. Buckminster Fuller comme les « avancées technologiques permettant de faire de plus en plus avec de moins en moins, jusqu’à ce que, éventuellement, on puisse tout faire avec rien », a eu son temps de gloire dans les années 70 (voir graphe ci-dessous extrait de NGram).

Pourtant, les algorithmes de recommandation de contenu m’ont dernièrement amené à retrouver ce concept d’éphémeralisation via une vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=X8lqnO7aYe0) questionnant le système scolaire à l’aire de l’intelligence artificielle. Le conférencier l’utilise pour argumenter que le savoir que l’on tente d’accumuler en formation devient désuet parce que google en sait de plus en plus (… jusqu’à ce que, éventuellement….). Il faudrait donc développer la pensée créatrice, et donc révolutionner le système scolaire, pour ne pas devenir inutile face à cette technologie tous les jours plus puissante.

Que deviendra l’école à l’aire du tout « éphémeralisé », quand nous pourrons tout faire avec rien ? Une telle question donne le vertige, car elle pose comme prémisse la finitude du monde qui saura se réduire à des processus automatisés.

Les vrais problèmes de ce discours prospectif sont (1) l’état des lieux fait de l’école actuelle et (2) la croyance que la créativité se passe de connaissances.

(1) l’école se réduit-elle vraiment à un lieu où l’apprenant est passif (de la tête au pied, jusqu’à son cerveau) et l’enseignant expose platement un contenu inutile ? L’expérience montre tout de même que :

  • la pédagogie de projet existe bel et bien (et depuis longtemps)
  • les étudiants réalisent des travaux seuls ou en groupe (c’est institutionnalisé dans le curriculum tertiaire et culturellement ancré à l’école obligatoire)
  • les enseignants, en tant qu’être humain, sont truffés de capteurs pour réguler leur pratique en direct et s’adapter à leur public (performance qu’un algorithme prendra encore beaucoup du temps à atteindre, tant que l’on se contente du nombre d’erreurs et du temps d’exercice pour personnaliser les médiations)
  • il est possible d’apprendre un écoutant (actif dans la tête !) sans donner l’impression de bouger

(2) Le discours du conférencier est le suivant : si google a toutes les connaissances, il ne nous sert à rien de nous les approprier, il suffit de développer sa créativité. Ça donne le sentiment que la créativité peut se passer de connaissances. Pourtant, il semble impossible de penser/questionner/critiquer un phénomène sans en connaître ses définitions, enjeux, contextes, critiques, conditions, opinions……. au risque de refaire ce que d’autres ont déjà fait. De plus, il semble tout de même important de savoir repérer les connaissances utiles, les critiquer et les sélectionner.

Ainsi, à l’aire de l’éphémeralisation, le discours devrait-il être « identifions le minimum de connaissances nécessaires dans le quotidien d’un citoyen et/ou d’un professionnel, afin de permettre l’autonomie de pensée et la créativité de chacun sans l’aide de processus automatisés externes ou de technologies (dans le cas où les batteries de notre smartphone – qui fait de plus en plus avec de moins en moins – nous lâchent) » ?

Enfin, tout cela n’est qu’un point de vue…

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