Ce n’est pas parce que l’on peut que l’on doit.

Par Lionel Alvarez

Roberto Casati écrit en 2013 « Contre le colonialisme numérique » édité chez Albin Michel. Cet ouvrage est le propos critique qui manque dans le déploiement actuel du numérique en éducation. En…

Roberto Casati écrit en 2013 « Contre le colonialisme numérique » édité chez Albin Michel. Cet ouvrage est le propos critique qui manque dans le déploiement actuel du numérique en éducation. En effet, par des phénomènes de tendances, des pressions économiques ou d’autres mécanismes obscurs, les politiques scolaires présentent souvent un discours peu nuancé à propos de la place du numérique dans les classes. On ne peut s’empêcher de penser aux « classes tablettes », ou avant, au déploiement des tableaux numériques interactifs à tous les degrés de la scolarité (même en 1-2H), initiés par des convaincus des potentialités du numériques, et soutenu par l’administration scolaire et le propos issus de certaines recherches sélectionnées. En d’autres termes, tout porte à croire que « parce que l’on peut, on devrait », par peur de manquer le train en marche.

Casati (2013) nous propose une posture plus réservée. Sans être opposé au déploiement du numérique – il donne l’exemple de la photographie comme une réussite de la numérisation – il propose de questionner les outils à la lumière des intentions. Pourquoi devrait-on lire sur tablette, alors que l’on a jamais fait mieux que le livre pour se concentrer pleinement et se plonger intensément dans la lecture ? Pourquoi devrait-on apprendre de nouvelles notions sur un ordinateur proposant des rétroactions plus ou moins personnalisées (« bravo ! » ou « Zut, essaie encore… »), alors qu’on ne fera jamais aussi bien que l’humain pour personnaliser la rétroaction offerte à un enfant en train d’apprendre ? Il semble donc bon de questionner à qui profite ce changement et quels en sont les moteurs.

  • Si le numérique est un moyen de rester dans le trend… l’argument semble insuffisant.
  • Si le numérique est un moyen de réduire les coûts (moins de personnel enseignant, supplanté par des machines ?)… l’argument semble illégitime.
  • Si le numérique est un moyen de permettre l’accès au plus grand monde… l’argument est déjà plus convaincant.
  • Si le numérique est un moyen de faciliter l’insertion citoyenne et professionnelle… l’argument semble intéressant, mais la perspective critique semble être centrale dans le projet.

Le défi, à la lumière de Christensen (2017) et de son « Disrupting class », est que le numérique « is doing the job! », et cela convient à beaucoup de décideurs. Toute la question est de savoir de quel « job » nous parlons, ou, pour revenir à Casati (2013), quel est le projet pédagogique de l’institution scolaire lorsque l’on questionne le déploiement du numérique ?

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Casati, R. (2013). Contre le colonialisme numérique. Paris, France : Albin Michel.

Christensen, C. M. (2017). Disrupting Class.How Disruptive Innovation Will Change the Way the World Learns. New York, NY : Mc Graw Hill Education.

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